Mission Olivennes: analyse du discours de Nicolas Sarkozy

Ecrit par le 23 nov 2007 dans Politique | 2 commentaires

On entend de tout et n’importe quoi sur la Mission Olivennes, et ses propositions enterrinées aujourd’hui par Nicolas Sarkozy. Je propose donc d’écouter ce qu’il a vraiment dit et d’essayer de voir un peu ce que ça donne. Pour ceux qui préfèrent la version texte, vous la trouverez ici.

Je me suis donc amusé à prendre en note le discours de notre président de la République, pour me rendre compte de ce qu’il y racontait.
Grosso merdo, mon billet est organisé de la manière suivante: pour chaque point,

  • Citation / résumé des propos
  • Réaction personnelle

La culture musicale est en danger

Citations

  • Jamais nous n’avons été aussi proche d’un véritable trou noir capable d’engloutir [notre culture].
  • C’est à une véritable destruction de la culture que nous risquons d’assister.
  • le livre pourrait être menacé avec l’arrivée du livre électronique.

Qu’en penser ?

Sur la destruction de la culture, je suis persuadé du contraire.
L’industrie de la culture, telle qu’on la conçoit aujourd’hui est elle vouée à sa perte. Ca, nous sommes bien d’accord, et ça ne me pose pas plus de problème que cela. Oui, je pense que « fabriquant de jaquette de CD » ou « presseur de CD » n’est pas un métier d’avenir. Ce n’est pas grave, il y aura de nouveaux métiers pour compenser.

Ce n’est donc pas une destruction de la culture qu’il faut craindre, mais une révolution de l’industrie musicale qu’il faut espérer, pour qu’elle prenne enfin conscience des enjeux et possibilités de l’ère numérique, pour proposer une offre convainquante et adaptée à cette nouvelle donne.

C’est d’ailleurs ce que disait Jacques Attali (himself, même si je ne suis pas toujours d’accord avec lui), tout en soulignant à propos du livre qu’il est peu probable qu’il disparaisse à moyen terme complètement. Il cohabitera certainement avec une version électronique, mais sa disparition serait fort étonnante.

Le peer-to-peer c’est mal


Citations

  • Internet ne doit pas être une zone de non droit où des hors la loi peuvent piller sans réserve les créations [...] en toute impunité sur le dos des artistes.
  • C’est du vol à l’étalage
  • L’illusion et le mensonge de la gratuité

Qu’en penser ?

Il est évident que le P2P est complètement démocratisé, et qu’il est à la portée du premier internaute. C’est selon ce qui fait que le phénomène n’est pas contrôlable en soit. On l’a vu par le passé, il a toujours existé un bon nombre de réseau de partage de fichier, plus ou moins sécurisé, et quand un tombe, deux nouveaux se créent. Aujourd’hui, avec des réseaux décentralisés comme Kad (Kademlia), Bitorrent, ou dans une certaine mesure eDonkey, il est tout bonnement impossible de contrôler ces échanges, sauf à tendre vers un Internet hyper censuré comme on peut l’observer en Chine.

De plus, ces réseaux ne peuvent pas être fermés, car ils sont partiellement utilisés pour des échanges complètement légaux (comme pour la chaîne de téléchargement de Ratiatum par exemple). Et quand bien même ils seraient fermés, il va de soit qu’un nouveau protocole serait mis en place et adopté pour échanger de manière quasimenent anonyme tout et n’importe quoi.

Les jeunes sont des démons


Citations

  • On ne va pas mettre tous les jeunes en prison.
  • Permettre aux jeunes de comprendre [les conséquences du piratage]

 »Vous noterez pour les plus courageux d’entre vous les allusions/lapsus sur lemot «jeune» »

Qu’en penser ?

Je ne sais pas vous, mais ça me fout en l’air. Oui, les jeunes téléchargent, entre autre par facilité et pour des raisons financières évidentes.
Mais ouvrez les yeux ! Il n’y a pas QUE les jeunes qui téléchargent !
Même les personnes du troisième âge qui découvrent les joies de l’informatique sont ravies de pouvoir accéder à toutes sortes d’œuvres musicales. Alors arrêtons de diaboliser les jeunes, ça ne sert à rien et ça ne fait pas avancer le débat.

Transition de Sarko après ce triste constat, le contenu du rapport qui possède deux axes:

  • Problème d’attractivité de l’offre légale.
  • Déboucher sur des solutions pour lutter contre le piratage.

C’est déjà une bonne chose de se rendre compte que l’offre légale aujourd’hui est ridicule et qu’elle prend bien souvent en otage les clients

Attractivité de l’offre légale


Citations

Il y a un certain nombre de problèmes auxquels il faut apporter des solutions, telles que:

  • Supprimer les verrous techniques qui empêchent de copier et de transformer la musique.
  • Fini les DRM
  • Fini la non-compatibilité entre certaines plateformes de vente et certains baladeurs (Apple et Microsoft, si vous nous entendez…)
  • Réduire le délai entre la projection dans les salles de cinéma et la disponibilité en VOD à 6 mois.

Qu’en penser ?

Là par contre, il y a révolution… Parce que si demain, l’ensemble des œuvres artistiques sont disponibles sans verrou numérique, et utilisables sur n’importe quel lecteur (baladeur, chaïne HiFi, ordinateur, téléphone), à un prix raisonnable (mais ce n’est pas précisé dans les termes !), on arriverait à une vraie offre légale intéressante, en passe peut-être de donner à réfléchir sur l’utilisation de votre Mulet préféré ou non. Parce que quand on voit ça, ça titille de pirater !

Mais honnêtement, je n’y crois pas… Les intérêts sont trop grands pour les majors, et la résistance au changement trop importante. Cela impliquerait une remise en question trop profonde de l’industrie, qu’elle n’est sûrement pas prête à faire. Et si l’on met à part la récente initiative de Deezer, l’industrie du disque n’a pas montré une réelle démarche de créativité pour se réformer de fond en comble.

Lutter contre le piratage


Citations

  • Sanctions pour les «pirates de bonne foi»:
    • Envoi de mail d’avertissement.
    • Avertissement gradués
    • Possibilité de suspendre l’accès à Internet
  • Pour les revendeurs / trafficants: droit commun de la contrefaçon
  • Les FAI s’engagent à mettre en oeuvre des dispositifs de filtrage.
  • Retirer les fichiers pirates des plateformes d’hébergement.

Qu’en penser ?

Je l’ai dit plus haut: lutter contre le piratage me parait particulièrement difficile, parce que comme pour toute protection: les pirates en tout genre ont toujours une longueur d’avance et que d’une manière ou d’une autre, aucun système n’est fiable.

Que les FAI ferment des comptes… ça me parait tout aussi improbable… De plus, si je télécharge des données cryptées, et que je les décrytpes sur ma machine. Comment mon FAI peut-il savoir que c’est le dernier morceau de Madona de La Rue Kétanou ?

Et pour ce qui est de retirer les fichiers pirates des plateformes d’hébergement, les réseaux de partage décentralisés résolvent le problème: les fichiers sont nulle part et partout à la fois !

Bonus: les âneries de la fin

Trop beau discours pour finir sur une telle note si optimiste !

Dernière citation (en substance): Nous ne défendons pas d’abord les grands artistes. Si le système continue ainsi, les jeunes artistes ne pourront plus avoir accès à rien. On défend d’abord ceux qui n’ont pas rencontré leur public.

Alors là, M. le Président, vous n’avez rien compris à toute la dynamique du Web 2.0. C’était bien la peine de vous rendre au Web 3.0 de votre ami Loïc l’année dernière !

Si je vous cite Kamini, Koxie, oserais-je Lorie. (bon, OK, les appeler «artiste» est un grand mot, mais le débat n’est pas là et vous ferez le tri, je cherchais juste des exemples parlants !);
Si je vous site Jamendo, avec des la musique libre et pourtant écoutée;
Si je vous cite les labels éthiques, ou les récentes initiatives de Radiohead ou de Barbara Hendricks;
Si je vous cite les inombrables groupes présents sur MySpace qui rencontrent un public et s’y font connaître…

Ah bah oui… il existe aussi autre chose que l’industrie du disque classique… Seulement on ne s’y fait pas autant de pognon… N’empêche qu’on s’en fait quand même, et que ça fonctionne aussi…

Conclusion

Comme dit Sarko: «Rendez-vous dans six mois pour voir ce que ça donne». Je suis curieux de voir ça ;-)

2 commentaires

  1. J’ignorais que Sarkozy avais fait un speech sur le sujet, mais je connais bien le problème des DRM et de notre « ami » Olivennes. J’ai pas mal parcouru le net sans jamais voir aucun article en faveur de ces mesures anti-piratage. C’est dingue, non ? non. Enfin on aurait pu éviter tout ça sans DADVSI (la loi qui interdit notamment de contourner les DRM), mais comme il se trouve qu’il y a un lobbing de folie qui se tire malgré lui des balles dans le pied, le piratage n’est pas freiné, et tout va de mal en pis pour les majors (on va pas les plaindre non plus !).
    L’UFC-Que-Choisir a suggéré d’afficher sur CD le pourcentage du prix qui revenait aux artistes (environ 7%). Mais cette proposition, on l’a vite enterré.

    RDV dans six mois… huhu

  2. Sans polémique autour de Sarkozy, je trouve sa décision très conservatrice et peu éclairée. J’aurais aimé qu’il écoute un peu Lawrence Lessig, une façon différente de voir le monde et selon moi une meilleur connaissance de ce qu’est Internet.

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