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Comme beaucoup, il m’est difficile de prendre la plume et de coucher sur ce blog les quelques mots qui me viennent depuis deux jours, à la lecture répétée des événements qui passent en boucle sur toutes les chaînes, et dans nos têtes.

Je me permets malgré tout, fort humblement, et fort maladroitement d’essayer d’y prendre tout de même ma part.

Hommages et émotion

Vous avez probablement toutes et tous été submergés par l’émotion ces derniers jours. Je dois moi-même avouer que je l’ai été, à mon grand étonnement, jusqu’aux larmes parfois. Comment ne pas être touché par l’horreur de ces moments, l’ignominie de ces actes et l’ampleur des réactions.

Proches, journalistes, foules, anonymes, politiques.
De partout dans le monde, et dans une quasi unanimité, femmes et hommes de toute religion dénoncent ce crime affreux.

J’ai choisi deux réactions. Celle de John Kerry, Secrétaire d’Etat des Etats-Unis d’Amérique, francophile, qui a choisi de s’exprimer en français et qui m’a particulièrement touché, que je vous laisse écouter si vous ne l’avez déjà entendue.

Et celle de François Morel, déjà cité ici (Relire : Mademoiselle, ne mourrez pas) qui dans son billet du 9 janvier 2015 sur France Inter, duquel j’ai emprunté le titre du mien, est chamboulé par l’émotion, mais tente de commencer à la dépasser.

Dépasser l’émotion

Car dépasser l’émotion – aussi légitime qu’elle soit – c’est je crois la clef pour tenter de grandir dans cette épreuve et tenter d’agir. Voici quelques pistes que je me donne et que je vous partage, pour poser les choses et pouvoir avancer.

Redire que la liberté d’expression peut blesser

Si Charlie Hebdo est tristement connu pour les conséquences des « caricatures de Mahomet », que l’on devrait plutôt appeler « Caricatures de l’extrémisme dans l’Islam », et du terrorisme qui en découle, toutes les religions ont été la cible de leurs caricatures.

Je vous ai listé ci-dessous quelques caricatures des mêmes auteurs, non pas au sujet de l’Islam, mais de l’Eglise, du Pape, etc. Et je suis désolé de le dire, mais en temps que Chrétien, ces caricatures me blessent.

Bien sûr, je n’irai pas commettre un multiple meurtre chez Charlie Hebdo pour autant,
Bien sûr cela n’excuse rien de ce qui s’est passé.
Mais je comprends quand l’on se dise blessé quand quelqu’un critique, détourne, quelque chose auquel on tient à cœur, en le rendant vulgaire, obscène, ou simplement en le tournant en dérision.

C’est d’ailleurs en substance ce que publie aujourd’hui l’un des blogs catholiques Padreblog, tenus par des prêtres de Versailles : Nous pleurons ceux qui ne nous faisaient pas rire.

Mais c’est au prix de ces blessures qu’existe la liberté d’expression.

Je ne peux pas d’ailleurs croire une seule seconde – au vu de ce qui nous est dit aujourd’hui des dessinateurs de Charlie Hebdo – que ces caricatures aient été faites dans l’unique but de choquer et blesser, mais il est important de dire également qu’elles blessent aussi, a fortiori celles et ceux que les sujets de ces caricatures tiennent à cœur.

Arrêter l’hypocrisie et oser parler en vérité

Je vous renvoie à l’écoute du billet de François Morel (un peu plus haut) qui met déjà le doigt sur nos lâchetés et nos hypocrisies, et sur ce qui a mené au drame de Charlie Hebdo :

  • Ces comportements du quotidien à l’encontre de Charb, Cabu et les autres, que l’on refuse de prendre dans un taxi parce qu’on les reconnait, ;
  • Ces kiosques à journaux qui refusaient de vendre Charlie Hebdo, et qui s’empresseront de vendre le prochain numéro ;
  • Ces médias, journalistes et politiques qui au moindre sujet sur l’Islam ou l’immigration se cachent derrière les gros mots de démagogiede racisme ou de Front National pour ne pas oser parler du sujet, et trouver des solutions démocratiques.

Il est forcément plus simple de multiplier les articles sur Nabilla ou les nombreuses rumeurs de retour de l’un ou l’autre des politiques : ça fait vendre beaucoup plus.
Et l’on prend moins de risque.

Mais…

Si l’on croit à la liberté d’expression,
Si l’on s’offusque aujourd’hui en proclamant #JeSuisCharlie,
et si l’on ne veut pas être hypocrite et amnésique,

il faut s’engager sans concession dans la défense de la liberté d’expression, et arrêter ce politiquement correct qui nous rend co-responsable du prochain massacre.

Islam, islamisme, et ceux qui s’en réclament

Attention, sujet sensible et chaud, donc avant propos :

  1. Même si je m’y intéresse depuis plusieurs années, je ne suis pas un spécialiste de l’Islam et loin de moi l’idée de faire en un seul billet une thèse sur ce sujet.
  2. Mon propos n’est pas non plus de stigmatiser « les musulmans » (réalité multiple d’ailleurs) qui reprennent pour la plupart en cœur – et à raison – le message : #NotInMyName

Mais malheureusement pour nous tous, et pour « les musulmans » en particulier, si ce n’est bien sûr pas au nom des musulmans que ces massacres sont perpétrés (car il n’y a pas que celui de Charlie Hebdo), c’est malheureusement souvent au nom d’Allah et du Prophète.

Pour aborder le sujet par quelqu’un qui ne pourra pas être taxé de raciste ou d’islamophobe, je vous invite à écouter le poignant témoignage de Philippe Val, ancien patron de Charlie Hebdo, et l’un de ses constat :

Ça va en augmentant […] il faut dire la vérité des choses: il y a un courant dans l’Islam qui est en train de devenir fou, et qui se répand. Ça n’est pas raciste, c’est juste démocrate de dire ça.” (à partir de 2,30″)
Philippe Val

Pour pousser plus loin ce que dit Philippe Val (et d’autres), ces dégénérés s’alimentent d’une certaine lecture du Coran, qui n’est plus marginale, et qui est largement portée par des organisations terroristes (Daesh, Al Qaida, AQMI, etc.) ou des structures beaucoup plus acceptées… (l’Université Dar al-Ulum du Caire, certains imams en France, etc.), et donc qui se répond, parce qu’elle trouve un écho dans les populations.

Les voies discordantes sur les réseaux sociaux (mais malheureusement pas que là) n’en sont que le triste reflet :

Il est de la responsabilité de chacun de combattre ces idées. Pour cela, quelques pistes…

>> Pour les citoyens français

Être conscient que notre action au quotidien est nécessaire pour combattre les petits fondamentalismes qui attaquent les libertés. Libertés de la femme, liberté de culte, liberté de penser.
Et qui malheureusement mènent à de plus grands.
Nous taire, c’est accepter.

>> Pour les médias

Être responsable dans le traitement de l’information, et s’il est nécessaire de traiter les sujets plus légers, parce qu’il n’y a pas que des choses graves dans la vie, savoir aussi ne pas minimiser ces petites choses qui mènent à la radicalisation.

>> Pour les politiques

Dépasser les postures politiciennes et le politiquement correct du « tout le monde il est gentil », ou « tout le monde il est méchant », mais regarder objectivement la situation sans démagogie et trouver des solutions démocratiques, mais fermes (qu’il s’agisse de d’éducation, de prévention, ou de répression).

>> Pour les chrétiens et les autres religions

Oser affirmer sa foi et proposer un autre chemin à l’intégrisme. En étant tiède, sans oser vivre et témoigner de notre espérance, comment montrer qu’il y a une autre voie ?

Car oui, il est possible de sortir de l’extrémisme, voir ci-dessous l’exemple d’un ancien salafiste actif, converti depuis :

>> et aussi pour les musulmans
(qui le font déjà en partie)

Je ne suis pas musulman donc je n’ai pas particulièrement de conseils à donner mais je crois qu’il y a aussi une alternative à proposer au sein de l’Islam.
Je vous avoue que je n’ai pas beaucoup de piste pour vous… mais il y a assurément un travail à faire…

Peut-être une piste, par un musulman : Lettre ouverte au monde musulman, par Abdennour Bidar, Philosophe spécialiste des évolutions contemporaines de l’islam et des théories de la sécularisation et post-sécularisation