Source de l’image: Cox & Forkum

Ce qui peut sembler à première vue être une bête question de vocabulaire est en fait bien plus que cela.

Ces deux mots (respect et tolérance pour ceux qui n’auraient pas suivi !) sont utilisés à tort et à travers, souvent bien plus par effet de style ou pour éviter une lourde répétition, sans en comprendre le sens profond.

Loin de moi l’idée de vous emmener dans une étude linguistique de ces termes (j’en serais bien incapable !), ni même de faire de la philo de supermarché, mais je pense qu’il est important de prendre conscience de ce que l’on dit, et des sens, selon moi presque opposés, qu’ont ces mots.

La rédaction de ce billet est lié, pour la petite histoire, à l’utilisation abusive du mot “tolérance” que je vois de plus en plus dans les textes et communiqués du scoutisme (que ça soit au niveau national comme mondial d’ailleurs) et tous ces contresens me sortent par les trous de nez.

Selon moi toujours (mais je pense que cet avis est appuyable par de nombreux textes de fondateurs), le scoutisme est une profonde école de respect et de paix, mais sûrement pas de tolérance.

La tolérance ou l’ignorance de l’autre

Cette fameuse tolérance tant souhaitée dans notre quotidien cache en fait un visage fort peu jovial.

Essayons de réfléchir sur l’emploi de ce terme.

Tolérer…

Tolérer quelqu’un…

Tolérer la présence de quelqu’un…

Dans cette expression, le « quelqu’un » est présent, n’entre pas en relation avec moi, mais pire encore, ne doit surtout pas me déranger. Cela va même au delà du simple: “Faites comme si je n’étais pas là”.

Tolérer quelqu’un, c’est être malgré tout conscient de la gêne que sa présence occasionne, faire contre mauvaise fortune bon coeur et le supporter tant bien que mal.

Certes, il n’y a dans cet esprit aucune violence de quelque sorte que soit, et l’on peut à défaut de mieux s’en réjouir.

Mais cette attitude implique de considérer l’autre comme une gêne, gêne que dans un élan de civisme, nous laissons exister.

Quel bonheur ! Quelle joie ! À ce régime-là, je préfère encore vivre en ermite. Au moins je suis certain que la présence des autres ne me gênera pas.

Alors face à cette attitude finalement méprisante, un autre mot s’offre à nous.

Le respect, ou le risque de l’autre

Tout comme la tolérance, le respect implique un choix. Un choix d’autant plus certain que l’attitude est bien plus engageante et contraignante qu’une simple ignorance de l’autre.

En effet, respecter l’autre implique une démarche pro-active (contrairement à la passivité de la tolérance). Je m’explique.

On ne peut respecter l’autre sans prendre le temps de le connaître.

On ne peut respecter l’autre sans au moins essayer de le comprendre.

Rien que ces deux démarches coûtent et engagent. Elles demandent à la fois de passer du temps, mais en même temps de se rendre proche. Ce qui vaut d’ailleurs pour une personne vaut tout aussi bien pour une idée: comment respecter une opinion sans avoir pris le temps de l’écouter et de la considérer a priori comme valable (ce qui n’oblige aucunement à être d’accord a posteriori) ?

Cependant, le respect s’il est plus coûteux est aussi bien plus constructif. Il permet d’apprendre et de progresser, ce qu’il est impossible de faire en ignorant l’autre (idée, personne, événement…).

Il est aussi source de conflit, au sens où se frotter à l’autre n’est pas forcément tout rose. Il est donc plus risqué.

Mais au final, même d’un point de vue égoïste: où a-ton le plus à y gagner ?

Tout ça pour dire, et j’espère que vous l’aurez compris, que le respect et la tolérance sont deux choses radicalement différentes, et qu’il m’importe (en espérant qu’il vous importe aussi) que ces mots soient utilisés à bon escients, et en en comprenant leur sens réel.

Vous comprendrez aussi que le prochain qui me parle de tolérance risque fort respectueusement de passer un sale quart d’heure 😉 (rappelez vous: le respect n’empêche pas le conflit)